Introduction

Comme un sportif de haut niveau, le musicien professionnel sollicite
son corps, mais qui en a conscience ? Que faire quand surgit un problème ?
À qui s’adresser ? Vous êtes nombreux à ne pas le savoir et à errer, parfois
plusieurs années, avant de trouver réponse à vos questions.

Beaucoup de musiciens qui souffrent se croient coupables : ils se sentent
vulnérables, ont honte de dire qu’ils sont blessés et ne peuvent plus jouer.
Tout le contraire des sportifs, qui cachent rarement leurs blessures, acceptent
de s’arrêter s’il le faut, et n’hésitent jamais à faire appel à un soigneur !
De mon côté, il suffit que j’annonce ma profession pour susciter l’étonnement :
« kinésithérapeute de musiciens ? Je ne savais pas que cela existait », disent
les uns… « Les musiciens doivent avoir des mains supermusclées »,
ajoutent les autres.

C’est vrai, le métier de kinésithérapeute pour musiciens est mal connu, mais
il prend de l’importance depuis que des artistes célèbres ont accepté de parler
publiquement de leurs troubles physiques. Petit à petit, les mentalités évoluent.
De plus en plus de musiciens se posent des questions sur leur corps,
et reconnaissent qu’ils ont besoin de soutien. Ils réclament des exercices à faire,
pour s’échauffer par exemple. Ils sont exigeants et disciplinés, ce qui a amené
les kinésithérapeutes à être très compétents pour répondre à leurs attentes.
Mais ne croyez pas que tous les musiciens souffrent de troubles corporels qui
les obligent à consulter. Certains trouvent tout de suite, presque instinctivement,
un équilibre magique. Comme Paule, pianiste de 27 ans, qui explique :
« la musique a toujours été mon refuge. Avec elle, je ne m’ennuie jamais, et
je travaille durant des heures avec bonheur. J’ai toujours ressenti une harmonie
entre mon instrument et mon corps. Je ne me pose jamais de questions :
c’est là, j’ai un son pur ».
Bien sûr, tout le monde n’a pas la chance de Paule, et c’est la raison de ce livre.
Son objectif : aider les musiciens qui souffrent, et répondre à la question :
« que faire quand quelque chose ne va pas ? »

Au fil des pages que vous vous apprêtez à lire, des musiciens nous racontent
comment un jour, leur corps a refusé d’aller plus loin. Certains d’entre eux ont dû
momentanément arrêter de jouer… Pour d’autres, la séparation avec la musique
a été définitive. Puissent ces témoignages, faire comprendre aux musiciens
« en panne », qu’ils ne sont pas seuls, mais qu’ils ont un chemin à accomplir
pour trouver leur sérénité. Professeurs, médecins, et kinésithérapeutes
spécialisés, s’ils travaillent en étroite collaboration, sont là pour les y aider.
Nous sommes d’ailleurs tous d’accord sur un point : si un travail de prévention
avait été accompli, bien des problèmes auraient pu être évités.

Des conseils pratiques, donneront à chacun les moyens de faire face à ces vies
où l’on « travaille par à-coups, sans être toujours au meilleur de sa forme
physique », comme m’a dit Olivier, 43 ans, violoncelliste.
Mon objectif est également de faciliter la tâche des professeurs de musique.
Des explications simples, des données anatomiques précises grâce aux croquis
de Blandine Calais-Germain, vont leur permettre de transmettre à leurs élèves
une approche positive de leur corps qui ne se résume pas à « détends-toi, tu es
trop crispé… ». Pour de nombreux musiciens, en effet, un corps en forme est
un corps détendu. Une source de malentendus dont il faut à tout prix se défaire.
Quand un musicien joue selon l’idée qu’il se fait de son corps au lieu de le sentir
de l’intérieur, il commet une erreur car un décalage dangereux se crée entre
la mémoire musicale, et la mémoire corporelle. Retrouver alors la concordance
entre les deux cerveaux, n’est pas toujours facile !

Certains instruments comme le piano ou le violon, sont cités souvent.
C’est parce que vous êtes plus nombreux à en jouer, mais ce n’est pas pour
autant qu’ils sont plus à risques. Les instruments non cités ne sont pas moins
importants mais le but de ce livre n’est pas d’être exhaustif.
Vous constaterez certaines répétitions, elles sont volontaires, car il existe
plusieurs manières d’expliquer le même problème.

Quand on est musicien, travailler sur son corps pour en obtenir le maximum
est une véritable épreuve, mais quand on y arrive, quelle récompense !
« Aujourd’hui, je suis au service de la musique, car tout mon corps est organisé
pour la justesse du son. Je joue sans fatigue six à huit heures par jour, et je n’y
ai jamais pris autant de plaisir ». Ces paroles de Christine, altiste de 25 ans,
dont je me suis occupée en équipe avec son professeur, valent tous
les remerciements et sont un encouragement pour tous les musiciens.
Si grâce à ce livre, ils arrivent à trouver leur voie pour jouer pleinement et sans
faire soufrir leur corps, j’aurais atteint mon but.

Coralie Cousin

 

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